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The Meeting Room

Pourquoi nous avons construit un flipchart en 2026.


Reto Schnyder

Entrez dans une salle de réunion après un workshop. Le mur est couvert de feuilles de papier arrachées. De l’encre de marqueur, à moitié lisible. Des flèches. Une ligne barrée. Un cercle autour de quelque chose d’important.

Maintenant demandez-vous : pourquoi sont-elles sur le mur, et pas quelque part dans un cloud ?

Les équipes qui les utilisent ne sont pas anti-technologie. Elles ont des écrans. Elles ont des whiteboards. Elles ont des comptes Miro. Les feuilles sont sur le mur parce que quelque chose dans ce geste — arracher, soulever, coller, garder — accomplit un travail que l’écran n’accomplit pas.

Nous y prêtons attention.

Whiteboards et flipcharts se ressemblent vus de loin. Ils ne se ressemblent pas. Ce sont deux outils différents pour deux actes de pensée différents.

Un whiteboard sert à penser à voix haute. L’effaceur est la permission de se tromper. On écrit, on rature, on recommence. Le médium lui-même dit : rien ici n’est définitif. Réessaie. Le whiteboard, bien utilisé, est généreux, indulgent et amnésique. Vendredi après-midi, il ne se souviendra plus de ce que vous avez décidé mardi matin.

Un flipchart fait autre chose. On écrit, on tourne la page, on la garde. Arracher la feuille est un acte d’engagement — une petite décision physique : ceci compte assez pour être détaché du reste. La feuille existe désormais. On peut la tendre à quelqu’un. L’accrocher au mur. L’emporter dans une autre pièce.

Les whiteboards itèrent. Les flipcharts capturent. Les whiteboards développent les idées. Les flipcharts les consignent. Les whiteboards oublient. Les flipcharts se souviennent.

Ce ne sont pas des préférences. Ce sont des opérations cognitives différentes — et les bonnes équipes savent passer de l’une à l’autre.

Il y a un moment, dans tout workshop sérieux, où le travail bascule de l’exploration à l’engagement. La pièce le sait avant l’ordre du jour. La conversation ralentit. Quelqu’un dit : écrivons-le. Pas sur le whiteboard — sur un flipchart. Parce qu’une fois sur la feuille, et une fois la feuille détachée, ce n’est plus hypothétique.

Ce petit geste — libérer la feuille — fait quelque chose à un groupe. Il marque le passage du « et si » au « voilà ce que nous avons décidé ».

Et puis il y a le deuxième comportement, souvent négligé. Les workshops produisent beaucoup d’idées parallèles. Dix whiteboards côte à côte ? Très bien — c’est ce que nous construisons. Cent, c’est une autre question. On peut tenir cent feuilles arrachées sur un mur — chacune sa propre pensée, toutes visibles en même temps. La pièce devient l’archive. Les gens la longent, pointent des choses, les regroupent, les déplacent. Cela aussi, c’est penser. Cela se passe dans l’espace, entre les corps et les objets. Cela ne peut pas se passer sur un écran.

Voilà pourquoi nous avons construit un flipchart en 2026. Pas par nostalgie. Parce que nous avons constaté, encore et encore, qu’il existait des salles pleines de technologie coûteuse où le moment le plus important de la journée impliquait toujours une feuille de papier et un marqueur.

Nous voulions construire la version de cet objet que nous voudrions vraiment dans notre propre studio.

Il est en hêtre étuvé, ce qui le rattache à la même famille que tout ce que nous construisons. Il tient sur trois pieds, parce que les sols de workshop sont rarement plans, et qu’un flipchart qui vacille est un flipchart auquel on cesse de faire confiance. Il se replie, parce que les outils doivent disparaître quand personne ne les utilise. Et replié, il s’adosse au mur dans un profil mince qui ne s’annonce pas — pas de pied arrière qui dépasse, aucune prétention sur la pièce.

Il accepte les blocs flipchart. Il accepte nos Layers. Il accepte les panneaux Write & Pin. Nous avons essayé de ne pas être malins sur le papier que vous y mettez. C’est votre décision, pas la nôtre.

Le mur après un workshop, avec ses feuilles arrachées, est une sorte de monument. À la conversation, à la conclusion, aux petits gestes physiques qui ont mené l’équipe de l’une à l’autre.

Le flipchart est l’outil qui produit le monument.

Voilà pourquoi nous en avons construit un.

P.S. : Un ? À peine. Équipé du Layer 1.5, notre Chevalet devient un double flipchart